mercredi 8 avril 2020

Asexualité et fantasmes

Nous, asexuels, n'avons pas envie de relations sexuelles avec d'autres personnes. Et pourtant... nous sommes nombreux à pouvoir dire que nous avons malgré tout des fantasmes.

C'est probablement la chose la plus difficile à faire comprendre à tous ceux qui ont une sexualité plus "classique", "normale".
Pourquoi ne pas avoir de vie sexuelle effective si on en peut en avoir une dans notre tête, et donc a fortiori en solitaire ?
Si nous sommes capables d'avoir des fantasmes, ne nous suffit-il pas de les réaliser, tout simplement ? Qu'est-ce qui nous en empêche ?

Ces questions en posent, en réalité, une beaucoup large, presque philosophique:

Un fantasme a-t-il vocation à toujours être réalisé ?

Vous avez 4 heures.

Je vais essayer de modestement apporter ma réponse personnelle à cette question.

1) Alors... non. Le fantasme est quelque chose de si complexe et si intime qu'il n'y a à mon avis aucun sens à dire qu'il doit se réaliser nécessairement. A titre personnel, la plupart des fantasmes d'ordre sexuel que je peux avoir sont tout simplement... irréalisables. Je vous prends un exemple très concret. Il peut m'arriver occasionnellement de fantasmer en pensant à des couples que j'ai rencontrés. La tension sexuelle que je vais sentir entre cet homme et cette femme (ou cet homme et cet homme, cette femme et cette femme) qui sont venus sur mon lieu de travail, ou que j'ai croisés dans un lieu public (ça ne concerne jamais les couples que je côtoie régulièrement et que je connais bien) pourra être source de fantasme chez moi.
Un jour avec des amis, nous parlions justement de nos fantasmes. J'ai évoqué cela. Ils m'ont dit, en rigolant, que j'avais peut-être un petit côté "voyeur". Sauf que... dans le fantasme que j'imagine, je ne suis absolument pas voyeur. Je ne suis simplement... pas là, pas présent dans la scène ! Comment réaliser un fantasme pareil ?  C'est tout simplement impossible. C'est un fantasme qui a vocation à n'être qu'un fantasme.

2) Dans l'immense et sublime "Supplique pour être enterré sur la plage de Sète", le grand Georges Brassens chante ceci:
Et c'est là que jadis, à quinze ans révolus, 
A l'âge où s'amuser tout seul ne suffit plus, 
Je connus la prime amourette. 
Eh bien cette phrase, je n'arrive pas à la comprendre véritablement. Je la comprends intellectuellement, mais pas sensoriellement. Pour un asexuel, s'amuser tout seul suffit très largement. Le peu de fantasmes que nous pouvons avoir (pour ceux d'entre nous qui en ont) n'est jamais envahissant, jamais une source de frustration, et peut donc être entièrement et totalement comblé par... nous-mêmes.

3) Je me souviens d'une conversation avec une amie à propos de l'orientation sexuelle. Elle s'est toujours considérée hétéro, mais a du mal à trouver un homme dans sa vie. Elle s'interroge parfois sur le fait de savoir si elle ne serait pas homosexuelle. Pourtant, chaque fois qu'elle se questionne sur le sujet, elle finit par aboutir à la conclusion qu'elle est bien "straight". Voici, en substance, ce qu'elle me dit.

"Il m'est arrivé de fantasmer sur des femmes, mais je n'ai jamais franchi le pas. Et alors même que l'idée ne me dégoûte pas et que je ne pense pas avoir de blocage psychologique, je serais incapable de le faire. Parce que mentalement je ne peux pas me projeter avec une femme au-delà du simple fantasme. Alors que j'en suis capable avec un homme. C'est cela, je pense, qui fait de moi une personne hétérosexuelle".

En substance, elle affirme donc que ce qui est excitant dans son monde fantasmatique ne le sera pas forcément dans le monde réel. Ce qu'elle dit là peut parfaitement s'appliquer à l'asexualité également.
Elle peut avoir plaisir à fantasmer parfois sur des femmes, mais ce fantasme n'a jamais assez suffisamment grandi pour se transformer en envie, en désir.

Là se trouve peut-être la clé des choses, dans ce qui différencie le fantasme du désir.

Je peux, par exemple, fantasmer de devenir très riche. Aimer rêver de ce que je ferais si je gagnais des millions. Mais dans les faits, un revenu plus modeste pourra combler tous mes besoins, ma vie dans une classe moyenne pourra très bien me convenir, et je ne chercherai donc pas à progresser socialement coûte que coûte.

Le fantasme peut se suffire parfaitement à lui-même. Le désir, lui, demande à être comblé.

A bientôt pour un prochain épisode.

mardi 7 avril 2020

Asexualité et réactions de l'entourage au fil du temps

J'ai envie ici de m'intéresser aux différentes réactions de mon entourage vis-à-vis de mon absence totale de vie sexuelle, et vis-à-vis de mon célibat perpétuel. Ces phrases que je vais citer m'ont parfois été dites par des amis, parfois par de simples connaissances, parfois encore par des très proches du cercle familial.

L'idée n'est absolument pas de stigmatiser ou de montrer du doigt leur intolérance, surtout pas. C'est plus simplement de faire comprendre les questions qui se posent aux gens qui ont un asexuel dans leur entourage, les incompréhensions (bien naturelles) que cela peut susciter.
Les réactions ont toujours été diverses et variées. Il y a toujours eu, à toute époque, des gens pour me dire de simplement suivre mes envies, et d'autres pour me dire que je devais changer, ne pas me résigner à être une sorte d'anorexique sexuel.

Mais suivant les âges et les périodes, certains type de réactions ont malgré tout été majoritaires. Il faut donc prendre ce qui suit comme un résumé simplifié. La réalité a toujours été plus complexe, et les discussions plus nuancées.

Voici, en gros, la chronologie de ce que j'ai pu entendre. :

18 ans : 

"Tu es encore vierge, ah oui ? Tu attends sans doute d'être vraiment amoureux pour coucher. Ca change de la plupart des mecs qui n'ont que ça en tête ! Tu es probablement plus sensible et romantique que d'autres."

20 ans : 

"Bon, va falloir te bouger quand même, là. Tu as des ouvertures avec X et Y, tente ! Tu as dit que tu trouvais Z pas mal, tente ! Rien ne pourra t'arriver si tu ne fais aucun effort ! Quant à ce manque de désir que tu évoques, ce n'est qu'une excuse que tu te donnes pour ne rien faire."

22 ans : 

"Vierge ? A ton âge ? Mais comment c'est possible ?? Tu remplaces ça par quoi ?? Tu vas pas me dire que tu remplaces ça par le cinéma et la musique quand même ??"

25 ans : 

Je n'ai plus de phrases précises en tête. Je me souviens d'avoir évoqué le sujet avec des connaissances et d'avoir suscité parfois de simples regards interloqués suivis de ricanements. Cela m'est arrivé très rarement parce que j'en parlais peu, et de moins en moins... mais cela m'est arrivé. C'est le moment où j'ai sans doute reçu le moins d'empathie sur le sujet. Dans la tête des gens, ce n'était juste pas normal du tout d'être ainsi, et cela ne pouvait venir que d'un problème à régler.

28 ans : 

L'incompréhension commence à se muter en questions.

"Que tu ne te sentes pas bien en couple, cela peut se comprendre, certains sont faits pour vivre seuls. Mais n'avoir jamais de relations sexuelles... Peut-on vraiment vivre comme cela ?... Sans jamais serrer un corps contre soi ?"

"Tu as pensé à aller voir une prostituée ?"

Le discours évolue véritablement une fois que j'ai passé 30 ans. Mon entourage réalise peu à peu que si je n'ai vraiment aucun intérêt envers la sexualité, il n'y a pas beaucoup de sens à me pousser à la pratiquer.

31 ans : 

"Pourquoi avoir refusé de passer la nuit avec I. qui te l'a proposé ouvertement l'autre soir ? C'est dingue quand même, tu t'en fous vraiment en fait !..."

33 ans : 

"Clairement tu n'es pas intéressé, et il n'y a aucune autre raison à ton absence de vie sexuelle. Moi, chaque fois que j'ai été avec une nana, tout s'est fait très naturellement, les premiers baisers, le passage à des pratiques sexuelles... Il n'y a eu aucun travail à faire sur moi-même pour parvenir à cela. Toi visiblement ça ne te dit pas. Il faut sans doute l'assumer."

35 ans : 

"En fait, j'admire ton courage, d'avoir un mode de vie différent de celui de la plupart des gens. Et tu ne connais pas ta chance. Le sexe est quelque chose d'esclavagisant. Je sais que si j'en suis privé, cela va être une prise de tête, un souci à résoudre. Le fait de ne pas avoir ce problème là à gérer te confère une vraie liberté".

"Moi je n'ai jamais vécu seul, j'aimerais tellement pouvoir y parvenir ! Tu échappes aussi à ce qu'on est nombreux à connaître, les séparations, les divorces...".

Depuis :

On ne m'en parle en général plus. Tout le monde semble avoir admis que j'étais comme ça et qu'il n'y avait rien à y faire.

Trois observations sur tout cela: 

-Sur le fait de ne pas connaître séparations et divorces, je précise à nouveau que je n'ai pas renoncé à l'idée d'avoir un jour une relation romantique, sans sexe, avec un(e) autre asexuel(le). Donc, rien ne dit que je n'y goûterai pas à l'avenir !

-Le discours des gens a beaucoup évolué avec le temps. La compréhension et l'acceptation s'est faite petit à petit. Peut-être qu' à 20 ans ils avaient l'espoir de pouvoir me changer, et que passé 35 ans ils ont réalisé que ce serait considérablement plus compliqué. Mais leurs réactions ont également évolué en même temps que mon rapport personnel à l'asexualité. Plus je l'acceptais moi-même, plus je trouvais les mots pour l'expliquer aux autres, et plus les autres pouvaient eux aussi l'accepter. Je déteste parler comme un bouquin de développement personnel... mais disons qu'en changeant soi-même de regard sur soi, on change aussi le regard des autres sur soi.

-J'ai un peu tout entendu sur le sujet: que c'était de la lâcheté et que c'était du courage, que c'était un choix libre et que ça venait d'un traumatisme que je devais guérir, que c'était une malédiction et que c'était une chance.
Dans les yeux de certains proches, parfois les mêmes, je me suis vu tour à tour comme le pire des nerds puceaux à deux doigts de faire une attaque de panique dès qu'une femme s'approche de lui, et comme un grand résistant insubordonné à une société qui impose le sexe comme un devoir, le couple comme un horizon obligatoire. Après avoir été Cyprien, ce personnage de geek total incarné par Elie Semoun, me voici en quelques sortes devenu Jean Moulin ! 😂

Je me suis parfois senti humilié ou flatté par tout ça... en sachant évidemment que ces images ne correspondaient absolument pas à la réalité.

Parce que la vérité est mille fois plus simple: ce n'est ni lâche ni courageux... je n'ai juste pas le choix. Je n'ai pas, je n'ai jamais eu envie de baiser et suis absolument incapable de me forcer à le faire. Vous voyez que dès lors... les options sont quand même très réduites.

 A bientôt pour un prochain épisode

dimanche 5 avril 2020

Rencontrer d'autres asexuels

Lorsque je découvre tous les sites consacrés à l'asexualité (AVEN, Acitizen, KeLove...), je commence donc par lire les forums avec attention. Je suis très frappé par la diversité des profils des intervenants. Certains n'ont jamais eu d'aventures sexuelles. D'autres ont multiplié les expériences avant de réaliser qu'elles ne trouvaient pas de plaisir dans la sexualité, quel que soit le ou la partenaire. Certains n'ont jamais eu de fantasmes, n'ont jamais recouru au plaisir solitaire. D'autres à l'inverse peuvent avoir une sexualité en solo. Certains sont dégoûtés à l'idée même de faire un bisou, voire de serrer une main. D'autres font parfois l'amour, et n'ont pas de problème à le faire, mais n'ont simplement pas goût à cela.  Certains ont subi dans leur histoire des abus sexuels, et c'est ce qui explique leur refus de pratiquer le sexe aujourd'hui. D'autres semblent à l'inverse ne jamais avoir connu d'événements qui aurait pu "créer" cela chez eux.

Je lis aussi des histoires de couple.
Certains "A" (asexuels) sont parfois en relation avec des "S" (personnes à la sexualité classique). Il est rare que de telles histoires puissent fonctionner, mais cela existe. Parfois des asexuels se mettent en couple ensemble, et c'est bien sûr une facilité de pouvoir se comprendre mutuellement, et de pouvoir vivre une histoire sans que cette question de la sexualité ne vienne poser problème.

Ce qui rapproche tous ces gens est le fait d'éprouver un désintérêt pour le sexe, mais les histoires personnelles sont aussi nombreuses que variées, passionnantes à lire, et à suivre.
Je participe à des fils de discussions sur plusieurs forums, en racontant mon histoire personnelle et en réagissant à celles des autres. J'ai des conversations souvent très enrichissantes. Je lis un jour que certains membres d'un site se retrouvent un après-midi. La rencontre est ouverte. Je décide de me joindre à eux.

Je rencontre des gens très sympathiques, agréables, ouverts d'esprit, avec lesquels je passe un bon moment en parlant de tout un tas de sujets. A vrai dire, on parle de tout sauf d'asexualité, et c'est parfait ainsi.

Malgré tout, en les quittant, je ne suis pas sûr d'avoir envie de retourner tout de suite à l'une de ces réunions.

J'ai pourtant rencontré plein de mes meilleurs amis ainsi. Nous nous sommes connus sur Internet en abordant des passions communes, comme le cinéma ou la musique. Puis nous avons franchi le mur numérique pour nous fixer rendez-vous dans ce que l'on peut appeler "la vraie vie". La complicité virtuelle s'est ainsi confirmée, et l'amitié "réelle" est née. Ici rien ne diffère. Pourquoi ne pas essayer de mieux connaître ces gens ? Je suis bien sûr moi-même étonné de ma réaction, car je voulais justement me lier à des gens avec qui je pourrais évoquer des choses liées à l'asexualité sans avoir peur d'être jugé ou mal compris

Peut-être que ce qui me met mal à l'aise est cette idée d'être rassemblés autour d'un désintérêt. Ce qui nous rapproche, ce qui nous unit, c'est le fait de ne pas être concernés par le sexe. Ce n'est pas une passion mais une indifférence commune qui nous fait nous retrouver.

Je revois cet ami S qui m'avait orienté il y a quelques mois vers les sites évoquant l'asexualité. Je le remercie tout d'abord de m'en avoir parlé, je lui dis qu'effectivement je me retrouve parfaitement dans tout cela, que j'ai même rencontré des gens, mais que je ne suis pas certain de retourner les voir.

Je lui explique que j'ai l'habitude de fréquenter des gens autour de passions qui nous rassemblent, telles que le théâtre, la musique ou le bénévolat associatif.
Là... ce qui nous réunit, c'est à l'inverse une activité que tous on ne pratique pas ! Il y a quelque chose pour moi de déstabilisant là-dedans.

"Oui, enfin..." me répond-t-il, "Ce n'est pas spécifique à l'asexualité. On pourrait aussi dire que ce qui rassemble une communauté de pacifistes, c'est de ne pas faire la guerre !"
Pourquoi pas tiens. Le fameux slogan "faites l'amour pas la guerre" pourrait ainsi devenir "ne faites ni l'amour ni la guerre" !

Il faut sans doute que je prenne le temps de déjà connaître certains membres des forums un peu plus personnellement, au lieu de me joindre à un groupe de personnes avec lesquelles je n'ai pas encore échangé. En fonction des affinités créées, j'aurai sûrement envie d'en rencontrer certains. Peut-être aussi, et surtout, qu'en réalité, je n'ai pas un besoin immédiat de revoir ces gens, car ce qu'ils m'ont apporté est déjà extrêmement précieux. Grâce à eux, je ne me sens plus seul dans ma tête. Je peux assumer d'être comme je suis sans avoir le sentiment d'être une anomalie absolue.

7 ans après la première rencontre, je n'ai jamais eu l'impulsion d'y retourner.
Je reviens sur ces forums aujourd'hui épisodiquement. Je n'y suis pas très assidu, ma participation est peu fournie. Je me connecte dans des moments de blues, lorsque j'ai l'impression que cette particularité de l'asexualité m'isole trop, me fait sentir trop en marge du monde. Je participe à quelques échanges, qui me donnent l'impression de ne pas être seul à être seul. Lorsque le moral s'améliore, je peux ne plus y revenir pendant des mois, parce que tout simplement tout ce qui est lié de près ou de loin au sexe et à l'amour disparaît totalement de mon esprit.

Les rencontres que j'espérais ne se sont pas pour le moment produites, mais qui sait ce que l'avenir réserve ?

Il y a deux mois, en février, je me connecte sur l'un de ces forums. Je vois que j'ai reçu un message privé d'une membre, en août dernier. Ne m'étant pas reconnecté depuis longtemps je ne m'en étais pas aperçu jusqu'à présent. Cette membre dit qu'elle a aimé mon profil et m'envoie un lien de musique classique. J'écoute et apprécie. Je regarde son profil, que je trouve drôle, très bien écrit. Je m'en sens proche à pas mal d'égards.
Où étais-je à la date de réception de ce message ? J'étais à l'époque en vacances à la mer, très loin de tout.
Belle occasion manquée... J'aurais vraiment aimé que nous puissions entamer une correspondance. Je lui réponds malgré tout, très tardivement. Elle est probablement passée à autre chose. Est-ce que cela a un sens de réagir 6 mois plus tard ?
Depuis je me connecte régulièrement sur le site pour voir s'il y a une réponse. Elle n'est pas encore arrivée.

Il faudrait probablement moi aussi que je regarde si des profils m'intéressent, au lieu d'avoir une attitude passive.

A bientôt pour un prochain épisode.

jeudi 2 avril 2020

10 raisons pour lesquelles je me suis toujours senti mal en couple

J'ouvre une parenthèse, avant de reprendre le récit.

Une proche qui a lu le blog me demande de préciser ce qu'est avoir une attirance non-sexuelle, une simple "inclinaison amoureuse" sans désir, envers quelqu'un. J'ai un mal fou à le lui expliquer. En gros, je peux être troublé par quelqu'un, attiré par cette personne... mais sans avoir envie de faire l'amour avec elle.

Pour cette proche, le désir est justement quelque chose qui monte très lentement, qui se construit avec la personne avec qui on est en couple. Cela commence par de petites attentions physiques, avant de monter petit à petit en désir sexuel. Saurais-je expliquer précisément en quoi cela diffère chez moi ? Suis-je en fait bien certain que cela diffère chez moi ? Je ne sais que lui répondre, à part que chez moi ça ne monte pas en désir sexuel... Simplement pas.

Mais derrière cette question, je devine (et/ou m'interroge moi-même) sur celle-ci: ai-je vraiment pris le temps que cela puisse monter ? Est-ce que si j'étais resté plus que quelques jours ou quelques semaines avec les filles avec qui j'ai été, ce serait venu ? Est-ce que j'aurais pu construire cela ? Je ne le saurai jamais, car j'ai cassé moi-même ces relations très rapidement.

Ce qui m'amène à une question suivante: qu'est-ce qui fait que je me suis senti mal à l'aise au point de devoir casser ces relations si rapidement ? Pourquoi je n'ai pas attendu un peu ? Je n'avais pourtant rien à reprocher à ces personnes avec lesquelles j'étais. Encore très récemment, un ami me l'avait demandé, en substance: "tenir un peu plus, prendre le temps d'explorer vraiment tes sensations, c'était vraiment au-dessus de tes forces ??"

Je ne sais pas si cela répondra aux questions de cette proche, je ne sais pas si c'est ce que je vais écrire correspond à ce qu'elle voulait vraiment savoir, mais cela m'a donné envie d'ouvrir cette parenthèse pour me pencher sur ces questions.

Comme tout geek qui se respecte, j'aime raisonner en tops 10. 

Voici donc la liste des 10 choses qui font que je suis si mal à l'aise en entamant une relation de couple que j'arrête toujours au bout d'un temps très court. J'essayerai au passage d'expliquer à cette proche en quoi je me sens différent de ce qu'elle décrit, sur le plan sexuel.

1) Les personnes avec qui je sors me plaisent un peu au départ. Voilà ce que j'appelle "inclinaison". Je peux imaginer avoir du plaisir en les embrassant par exemple. Je n'ai jamais de forte envie physique d'elles - je ne sais pas ce qu'est avoir une forte envie physique de quelqu'un. Dans les livres que je lis ou films que je vois, les personnages qui meurent littéralement de désir pour d'autres, sont obsédés par ces personnes au point d'en perdre l'appétit, le goût de tout, est quelque chose que je ne comprends littéralement pas. Je n'ai aucune idée de ce que ressentent ces gens, je suis incapable de me le représenter. Je ne le jugerai jamais, et je peux évidemment ressentir intellectuellement de l'empathie, mais émotionnellement cela m'échappe totalement. Mais j'en reviens là: ces personnes avec lesquelles je sors me plaisent un peu quand même. Pourtant, dès que je commence à les embrasser, je ne ressens plus rien, aucun plaisir. Ce qui doit être le coup d'envoi marque en fait un coup d'arrêt. Les préliminaires à l'amour n'ont jamais été pour moi une promesse de quelque chose de plus grand, de plus fort. Elles ont toujours été pour moi les préliminaires de l'envie de tout stopper. Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi on doit passer des heures à se faire des bisous alors que moi j'aurais juste envie de parler, comme entre amis ? J'ai ressenti cela avec toutes. Je ne suis peut-être pas tombé sur les bonnes, me direz-vous. Peut-être qu'il faudrait que je retente avec d'autres, en essayer une dizaine, repasser par ces moments de fort malaise que je vis très mal, avant d'en trouver une onzième avec laquelle le désir pourrait tout d'un coup se réveiller... mais le sexe n'est-il pas censé être un besoin naturel ? Pour en avoir parlé avec tous mes amis hommes, je sais que pour eux le désir est depuis toujours un préalable. Ils ont envie de baiser depuis leurs 13 ans. La question ne se pose pas. Ce qui est difficile, sacrément difficile, c'est de trouver quelqu'un qui accepte de le faire avec eux. C'est une grande souffrance pour beaucoup d'entre eux. Ils cherchent désespérément quelqu'un qui va combler ce désir, mais ne le trouvent souvent pas. Quand ils le trouvent, parfois ils en tombent amoureux. Et il faut alors faire marcher la relation, ce qui est à nouveau un très gros challenge, plein d'embûches, plein d'obstacles, plein de difficultés, plein de compromis à trouver. Mais moi, même le préalable, l'envie de baiser, ce simple préalable évident et établi chez tous mes amis hommes depuis leur puberté, devrait me demander un gigantesque boulot sur moi-même alors ? Je ne suis pas sorti de l'auberge, dites donc...

2) C'est bien "une"proche qui m'a interpellé sur tout cela. Est-ce que le désir naît différemment chez les femmes ? Il se dit que oui, même si c'est probablement un cliché. Selon une idée reçue, un homme a envie de coucher avec un nombre immense de femmes, mais la femme, elle, choisit son partenaire, et construit petit à petit une confiance avec lui qui va lui donner envie d'aller plus loin. Ce "modèle" a longtemps prévalu dans les têtes... et prévaut sans doute encore. Le fait de ne pas correspondre du tout à ce "modèle" a pu jouer dans ce malaise que j'ai ressenti très vite en couple, j'en conviens.

3) J'ai malgré tout l'impression qu'en couple, l'immense majorité des gens ont au moins besoin de se sentir désirés physiquement... Cela n'a rien à voir avec la pratique du sexe en soi. Certains adorent faire l'amour, d'autres moins. Mais il y a peut-être une constante malgré tout, qui est ce besoin de sentir désirables. Lorsque je démarre une relation, je vois bien que je ne peux pas donner cela à une femme. Après les premiers bisous, je perds tout le (faible) désir que je pouvais avoir envers elles. Je ne peux pas leur faire comprendre que j'ai envie d'elles physiquement... parce que simplement ce n'est pas vrai (je n'ai quasiment pas essayé avec des hommes, mais j'ai encore moins d'inclinaisons et d'attractions envers eux en règle générale). J'ai l'impression, en début de relation, d'être en quelques sortes un imposteur qui va être très vite découvert. Un type qui commence un contrat en disant qu'il sait parler espagnol, alors qu'il ne sait pas parler espagnol. "Mais je ne comprends pas, M. Dubois, si vous avez accepté ce poste c'est que vous saviez parler espagnol, pourquoi l'avoir pris si vous ne saviez pas ? Ca n'a aucun sens !". "Mais je ne comprends pas M. Bonner, si vous avez démarré une relation avec moi, c'est que vous aviez envie de faire l'amour avec moi, que vous me désiriez physiquement, que je pouvais me sentir belle, désirée, en votre compagnie ? Pourquoi avoir même commencé si ce n'était pas le cas ? Ca n'a aucun sens !". Tête penaude de l'imposteur découvert: "oui... mais... enfin... je veux dire... non, parce que... c'est plus compliqué que ça !..."

Allons voir au-delà de la question sexuelle, maintenant...

4) Je ne supporte pas de savoir que l'autre attend un coup de téléphone de moi, attend une date de rendez-vous, attend que je l'appelle pour le voir, se demande "pourquoi il ne m'appelle pas ? Pourquoi ne répond-t-il pas à mon SMS ? Pourquoi like-t-il des contenus sur Facebook et pas les miens ? ". Je ne veux pas qu'on se prenne la tête sur moi, qu'on analyse mes réactions. C'est quelque chose qui m'est assez insupportable. Je me sens, bêtement, enchaîné, surveillé, plus libre de mes faits et gestes. Et pourtant les personnes avec lesquelles j'avais démarré des relations étaient loin d'être des personnes envahissantes et toxiques ! Non, cela venait de moi et moi seul. Est-ce que je me projette trop dans la tête de l'autre au lieu de me projeter dans la mienne ? Est-ce que cela vient de mes relations avec ma mère, qui a souvent été très culpabilisante ? Peut-être... mais c'est comme ça. En amitié, les choses sont bien sûr totalement différentes. On n'est pas cette personne unique, spéciale, sur laquelle l'autre concentre son attention. On est un ami parmi d'autres. Ce type de relations est beaucoup plus aisées pour moi.

5) Le plus grand bonheur de ma vie a d'ailleurs été d'emménager seul, de quitter mes parents. L'idée de bonheur est dans ma tête pas mal associée à ça, à ce sentiment là: l'indépendance.

6) Chaque fois que l'histoire de couple se termine, je ressens une profonde libération. Je suis de nouveau seul. Que c'est bon !

7) Si l'idée d'avoir un partenaire de vie me manque parfois, c'est toujours quand je vais mal. Dès que je recommence à aller bien, cela disparaît de ma tête. C'est quelque chose qui peut parler à beaucoup de monde, je crois... tout le monde passe par des moments où il se sent seul, et par d'autres où il se réalise dans la liberté que permet cette solitude. Mais j'ai le sentiment que l'envie d'être en couple ne disparaît jamais totalement chez la plupart des gens, même quand ils sont célibataires et contents de l'être. C'est toujours quand même quelque part, dans un coin de leur tête... Chez moi, quand je vais bien, ce n'est plus nulle part dans ma tête. J'ai donc ce sentiment que le manque de partenaire que je ressens est en quelques sortes une tromperie: quand je me sens mal, ce n'est peut-être pas cela au fond que je cherche...

8) Je ne suis sans doute pas patient du tout de façon générale. Si un film ne m'intéresse pas au bout de 30 minutes, je quitte la salle. Dès qu'un livre commence à m'ennuyer je l'arrête. Dès que je m'ennuie un peu à une soirée je pars. Je n'arrive pas à me forcer, c'est très compliqué. J'ai ressenti la même chose dans ces débuts d'histoires. Pourtant, il y a plein de gens avec lesquels je me sens tout de suite à l'aise en amitié, plein de villes où je me sens tout de suite bien, plein de films et de livres qui m'accrochent dès le départ et que j'arrive donc à finir. Pourquoi cela ne s'est jamais produit en amour ? Peut-être parce que ce n'est pas ce que je cherche, encore une fois.

9) Est-ce qu'il y aurait aussi une part d'orgueil dans tout ça ? Une forme de fierté à être différent,  à tracer un "autre chemin", à pouvoir dire "moi je ne suis pas comme les autres, je n'ai pas besoin de l'amour ?". Peut-être en partie, je ne sais pas. Je crois quand même que ça va plus loin que ça. J'ai toujours été révolté par le fait que des gens soient montrés du doigt parce qu'ils étaient seuls, célibataires. L'amour c'est comme tout: certains sont très doués en la matière, d'autres un peu moins, d'autres pas vraiment, d'autres enfin pas du tout. En amour, certains sont riches, d'autres sont pauvres. On lit souvent que celui qui ne connaît pas l'amour ne vit qu'à moitié. L'amour serait un peu comme la Rolex: si tu l'as pas (ou pas connu) à 50 ans, t'as raté ta vie. C'est ce qui, lit-on, entend-t-on, procure le bonheur ultime dans l'existence. Quelle cruauté... certains ont la chance de le connaître plusieurs fois dans leur vie, d'autres ont la chance de le connaître une fois, d'autres ne le connaissent pas. On a tous des gens autour de nous qui semblent cruellement sous-doués en la matière. Et qui doivent en plus de cette souffrance lire partout qu'ils ne sont pas à 100% "dans la vie". Cela me semble tellement injuste et surtout tellement faux... A ceux qui disent cela, j'ai toujours envie de répondre ceci: moi, j'ai beau être seul, désolé, je vous promets que je respire, que je vis ! L'amitié, mes passions pour mon métier, pour le cinéma, pour la musique, pour le théâtre, pour l'engagement associatif, me comblent totalement ! A l'inverse, certaines personnes en couple me paraissent enfermées dans une routine qui ne les satisfait pas, et me donnent justement l'impression justement de ne pas vivre pleinement ! Et si l'amour et l'intensité de vie n'étaient donc en vérité pas automatiquement connectés ? Et si certains étaient faits pour se réaliser dans la relation amoureuse, d'autres pour se réaliser dans complètement autre chose ? C'est ce qu'il m'a toujours semblé... et l'exemple que j'ai toujours eu envie de donner.

10) Mais je ne souhaite pas pour autant renoncer totalement au fait de trouver un(e) partenaire de vie un jour, avec qui partager les hauts et les bas de l'existence. Cela ne m'a jamais vraiment manqué... mais c'est peut-être quelque chose que j'aimerais connaître, expérimenter une fois, pour savoir ce que j'en pense vraiment. Et j'en reviens quand même au point de départ:  ce qui me fait fuir de toutes ces relations à peine entamées, c'est peut-être quand même surtout l'idée que l'autre va tôt ou tard me demander du sexe. Que ce sera un passage "obligé", la preuve que je l'aime vraiment. Et le sexe ne m'intéresse tellement pas... pourquoi faut-il que le sexe soit tellement lié à l'amour ? C'est un tel mystère pour moi... Je peux avoir parfois des formes de fantasmes envers des gens dont je n'ai absolument rien à foutre, voire même que je n'aime pas, et ressentir une profonde tendresse, une profonde affection, envers des gens vis-à-vis desquels je ne pourrais même pas imaginer de fantasmer une seule seconde... Quel rapport entre les deux ?... C'est tellement déconnecté complètement dans ma tête... ce sont deux galaxies tellement distinctes, qui n'ont tellement aucun pont entre elles...

Je ferme cette parenthèse et en reviens à mon récit: lorsque je découvre les forums d'asexualité, je vois que peut-être il serait possible d'envisager des relations avec des gens capables de me comprendre totalement... relations amicales ou plus, je ne sais pas, je n'en ai encore aucune idée. Je suis certain d'être asexuel, mais je ne pourrais pas encore affirmer avec certitude que je suis aromantique (non désireux de bâtir une relation romantique avec quelqu'un). Cela ouvre en tout cas de nouvelles perspectives.

A bientôt pour un prochain épisode.

mercredi 1 avril 2020

Découverte du concept d'asexualité

La découverte du concept d'"asexualité" est quelque chose qui, en mettant enfin un mot sur une particularité mystérieuse ressentie depuis toujours, a complètement bouleversé ma vie. Et pourtant... il m'a fallu du temps pour m'y intéresser enfin véritablement.

J'entends parler d'asexualité pour la première fois à la trentaine.
Un reportage à la télévision m'apprend qu'un américain d'une vingtaine d'années nommé David Jay a fondé une communauté nommée AVEN, qui regroupe des gens qui ont en commun de se dire totalement désintéressés par le sexe. Dans le sillage, de nombreux groupes se sont formés, et plusieurs sites différents sont apparus pour en parler.
 Et... je ne suis pas tout de suite intéressé par le phénomène.

Cela me paraît très étrange rétrospectivement. Que s'est-il passé ? J'étais totalement seul face à toutes ces interrogations dans ma tête. Je me sentais totalement "anormal", en marge du monde. Hormis parfois quelques personnages dans des romans ou films qui semblaient également indifférents à la chose (je pense consacrer un article sur le sujet prochainement...), PERSONNE ne semblait partager cette anomalie qui était la mienne. Et là tout d'un coup, j'apprends l'existence de cette communauté de gens, et je ne cherche même pas tout de suite à en savoir plus !
Comment s'expliquer ça, des années plus tard ?

Rétrospectivement, je pense à deux facteurs.

-Au moment où j'entends parler de cela, ma psychanalyse n'est pas encore achevée, et je me considère encore en quelques sortes comme un malade, un grand traumatisé, qu'il faut guérir. Je prends petit à petit conscience que ce manque de désir semble très difficile à changer, qu'il fait peut-être partie de mon identité, mais je garde l'espoir de devenir "normal", comme tous mes amis, comme tous les gens qui m'entourent. Je n'ai pas encore renoncé à ce rêve de me réveiller un jour en ayant envie de baiser comme tout le monde, de sortir draguer dans les bars, de coucher avec quelqu'un le samedi soir, de pouvoir enfin connaître ces sensations dont tout le monde parle et qui me sont inconnues... Et je crois que je perçois donc (à tort !) les membres de ces communautés qui revendiquent l'asexualité, à cette époque, un peu comme des démissionnaires, des gens qui ont renoncé à livrer le combat que je mène. J'ai tellement intégré qu'il n'était pas possible d'être vraiment indifférent au sexe, que cela venait forcément d'un "problème" interne, que je ne prends pas au sérieux ces gens qui affirment le contraire. Ce sont les dégâts du conditionnement mental.

-Le reportage télévisé que je vois me semble montrer que ces gens ressentent de la fierté à être asexuels et à le proclamer (encore une fois je me trompe complètement, mais c'est le ressenti que j'en ai à cette époque là). Or, moi, non seulement je ne me résous pas encore à ce moment-là à laisser tomber complètement la sexualité, mais j'ai en plus un mal fou avec tout ce qui est de l'ordre du militantisme, du communautarisme, de la fierté identitaire. Cela n'a JAMAIS fait partie de mon logiciel.
Est-ce que le reportage télévisé dépeignait vraiment les choses ainsi, ou est-ce simplement la façon dont je l'ai compris à l'époque ? Je ne saurais le dire. Mais c'est ma vision à ce moment-là. Elle changera totalement quelques années plus tard, mais ne brûlons pas les étapes.

En 2010, je perds mon emploi dans le Sud et ma psychanalyse s'achève.
En 2011, je reviens habiter à Paris, ma région d'origine.
Plaisir de revoir mes anciens amis mais aussi difficultés de retrouver une vie plus stressée, plus bruyante, avec moins de temps pour soi, et mes parents plus à proximité.
Je trouve du travail dans une radio, dans laquelle je vais m'éclater professionnellement comme jamais.

Cela fait alors plusieurs années qu'il ne se passe absolument rien de rien au niveau sentimental, et que je le vis parfaitement bien. Curieusement, durant la saison 2012-2013, plusieurs événements vont se produire.  Il est étonnant de constater comme, sur une certaine période, une suite de choses peuvent arriver dans un domaine précis, comme si la vie essayait clairement de nous faire comprendre quelque chose.

Fin 2012 donc une collègue de travail me fait une drague ouverte. Je ne suis pas très attiré par elle... mais sa maladresse a quelque chose d'attirant. Et certaines choses qu'elle me dit sont touchantes.  On flirte pendant quelques semaines. Je me sens toujours aussi mal en couple, aussi privé de liberté. Cette fille n'est pourtant pas spécialement envahissante, non, cela vient de moi. Et je n'ai pas non plus de désir physique. J'aimerais beaucoup l'avoir comme simple amie, mais je ne prends absolument aucun plaisir à être en relation avec elle. Bon. Je peux au moins me rendre compte que rien n'a évolué à ce niveau (je n'avais pas eu de simple flirt depuis plus de 10 ans).

Pourtant à la même période, je reprends contact, sur les réseaux sociaux, avec une nana que j'avais croisé 6 années plus tôt lors de mes études.
Je ressens à son égard une forme d'"inclinaison amoureuse" qui se manifeste d'une façon que j'ai déjà connue: j'aime penser à elle, sans éprouver de désir sexuel au sens propre. On se revoit. On part même quelques jours en vacances ensemble, en compagnie d'une autre amie. L'entente entre les deux filles est absolument calamiteuse. On rentre tous chez nous avant même la fin prévue originellement pour le séjour. L'expérience a été tellement désastreuse que je n'ai pas très envie de revoir cette fille au retour. Je préfère continuer à échanger un peu avec elle sur Internet... en simples amis. 

Alors que je vivais parfaitement bien depuis des années sans jamais penser aux relations amoureuses, ces deux aventures avortées avant même d'avoir commencé remettent le sujet sur la table. Elles me rappellent à quel point ce qui paraît si naturel pour beaucoup de gens semble impossible pour moi.

Je sais d'ailleurs que ce n'est en réalité pas si naturel pour beaucoup de gens. Trouver l'amour est compliqué pour tout le monde, j'en ai bien conscience lorsque j'en parle avec mes amis ou des proches. Même en étant "normal", avec une libido "ordinaire", des inclinaisons amoureuses "classiques", il est extrêmement compliqué de trouver quelqu'un et de faire fonctionner une relation. Mais j'ai le sentiment que pour moi, avec ces particularités qui sont les miennes, c'est quasiment mission impossible.

Et alors, puisque tu t'en fous ? Me direz-vous. Eh bien... ce n'est pas si simple.

J'ai maintenant plus de 30 ans. L'immense majorité de mes amis sont mariés avec des enfants. Il devient compliqué de les voir. Je ressens parfois de la solitude.
Même si je n'aime pas me fermer par principe à quelque chose, je peux tout à fait envisager l'idée de ne jamais baiser de ma vie. Mais il m'est en revanche difficile de renoncer totalement à avoir un partenaire de vie, quelqu'un qui compte vraiment, avec lequel envisager l'avenir.
Je voudrais juste que cela puisse être totalement déconnecté du sexe ! Je voudrais pouvoir démarrer une relation avec quelqu'un sans savoir que lorsque je vais parler de mon désintérêt pour le sexe, cette personne va froncer les sourcils en se disant "allons bon, sur quel mec bizarre je suis encore tombée". Je voudrais pouvoir commencer une relation sans me dire qu'à un moment la personne va me demander ça, que ce sera très important, et que je ne pourrai pas le lui donner.

L'idéal serait en fait, tout simplement, de rencontrer quelqu'un qui soit comme moi. Avec une personne qui saurait à quoi s'en tenir dès le départ, qui l'accepterait totalement, avec laquelle les choses seraient claires tout de suite, avec laquelle je serais sûr que "ça" ne poserait pas problème... quelque chose serait peut-être envisageable ? Je pourrais peut-être démarrer une relation sans ressentir cet envahissement, cette perte de liberté, qui sont possiblement en partie la conséquence de ce sentiment que tout est condamné à l'échec dès le départ ?

Même au niveau amical, ce serait bien de connaître des gens qui me ressemblent, avec lesquels échanger sur tout cela... j'ai tellement passé ma vie à me sentir différent des gens autour de moi. Qu'est-ce que cela fait de parler avec quelqu'un qui connaît exactement ces mêmes problématiques ? Je n'en ai aucune idée.

Un soir de déprime, je parle de tout cela avec un ami parisien de très longue date. C'est lui qui va me reparler des communautés d'asexuels. Il a lu un article récemment sur le sujet, et m'invite à m'y intéresser.

Je n'y avais plus pensé depuis tout ce temps.
Je n'en ai que très peu entendu parler, lui dis-je. J'ai simplement vu il y a des années un reportage télévisé qui m'en a donné un a priori pas très favorable... Est-ce que ces gens ne sont pas des militants anti-sexe, est-ce qu'ils ne revendiquent pas fièrement une forme de pudibonderie ? Sont-ils fiers de se retrouver autour de l'idée qu'ils sont "au-dessus" du sexe ? Si c'est tout cela, très peu pour moi.

"Pas du tout", me détrompe-t-il. "Ce sont des gens comme toi, qui simplement n'ont pas goût au sexe, chez qui il n'y a aucun communautarisme malsain, qui communiquent entre eux notamment pour ne pas subir cette solitude et cet isolement que tu décris. Il faut que tu t'intéresses à eux, que tu les rencontres même, pourquoi pas".

Rétrospectivement, cette conversation a quelque chose d'un peu surréaliste.
C'est cet ami, marié avec des enfants, qui a toujours eu une activité sexuelle importante, qui défend les asexuels. Et c'est moi, asexuel depuis toujours, qui porte un propos rempli de clichés et de raccourcis suspicieux à leur propos.

Je rentre chez moi. Je tape "asexualité" sur un moteur de recherche et suis rapidement orienté vers des forums de discussion remplis de témoignages. Ce que je découvre va complètement bouleverser ma vie...
Tout ce qu'écrivent et décrivent ces gens est ce que je ressens en moi depuis toujours sans pouvoir le faire comprendre aux autres.
Le simple fait de ne pas avoir d'envies sexuelles, sans qu'il n'y ait obligatoirement de rejet du sexe en tant que tel. Ce sentiment d'habiter un autre monde, une autre galaxie. Les lourdes remises en question personnelles. Les questionnements obsédants: suis-je condamné à la solitude ? Comment rencontrer un partenaire de vie qui puisse comprendre cette particularité ?
Nous sommes donc plusieurs extraterrestres ! Le fait d'avoir enfin des gens à qui en parler, des témoignages à lire, le fait de pouvoir mettre un mot sur ce que l'on ressent depuis plus de 30 ans comme une anomalie est profondément libérateur. M'ouvre aussi l'espoir de pouvoir faire de nouveaux types de rencontres.

A bientôt pour un prochain épisode.

mardi 31 mars 2020

Asexualité et psychanalyse

Je suis donc au milieu de la vingtaine. C'est un moment où je réside tour à tour dans plusieurs villes du Sud de la France, où je travaille pour des radios locales. Tout va plutôt bien. Je fais un boulot que j'aime, pratique à côté des activités nombreuses (musique, théâtre, bénévolat associatif), et je fais à chaque fois dans ces villes de belles rencontres humaines. Je suis content aussi d'être loin de mes parents qui ont une attitude avec moi que j'ai toujours trouvé envahissante et étouffante. Ils sont encore trop présents dans ma vie à cette époque (à travers le téléphone notamment) et j'en souffre, mais disons que c'est un moindre mal par rapport à l'époque où je vivais avec eux. Je n'ai absolument aucune vie sentimentale mais cela ne me manque pas le moins du monde.

Je ne peux cependant pas m'empêcher de m'interroger. A 27 ans n'avoir toujours aucun désir sexuel est si étrange. Même si je vis très bien comme cela, il m'est impossible de ne pas me poser de questions. Pourquoi ai-je une telle différence avec tous ceux qui m'entourent ? Est-ce que cela peut changer ? Est-ce qu'à 27 ans je suis condamné à un célibat éternel ? Si un jour j'ai envie de rencontrer quelqu'un, en serais-je capable ?  Est-ce que je dois renoncer par exemple à l'idée de fonder une famille ? Pourquoi faut-il absolument que le fait d'avoir quelqu'un dans sa vie, présent pour partager les bons et mauvais moments, soit obligatoirement lié au sexe ? Ce sont deux choses tellement distinctes dans ma tête, qui n'ont tellement rien à voir... mais je semble être seul dans mon entourage à penser ainsi.

Je vois que j'ai donc quand même besoin d'en parler, d'avoir si possible des réponses à ces questions.

Je vais donc voir une psychanalyste.

Je lui raconte tout depuis le départ: le manque de désir, le sentiment profond de différence, les flirts commencés et arrêtés très rapidement, notamment à cause de cette impression qu'il ne sera pas possible d'aller plus loin.

Voici sa réaction lorsque je lui parle de tout cela.

"C'est un peu comme si vous étiez dans une voiture, et que vous vouliez passer la deuxième vitesse avant d'avoir enclenché la première.
- C'est-à-dire ?
- La sexualité dans un rapport amoureux cela ne vient pas forcément tout de suite, c'est une deuxième phase. Avant cela il y en a une première. Il faut prendre le temps de se connaître, de s'habituer à l'autre, de faire monter le désir".

C'est une métaphore qui a sans doute sa pertinence, d'autant plus que j'ai justement un mal fou depuis des années à passer mon permis de conduire.
Je lui réponds que le souci est que je n'ai aucun plaisir déjà à la première vitesse. Dès que je commence une relation avec quelqu'un je me sens immédiatement mal. C'est comme si j'étais envahi, privé de liberté... je ne me sens bien que dans l'indépendance et j'ai l'impression de la perdre totalement. J'ai le sentiment que l'autre attend quelque chose de moi, que je dois l'appeler, lui donner des signes, alors que je n'en ai pas forcément envie. Mais surtout, je sais que passer la deuxième vitesse sera extrêmement compliqué, que je n'en aurai pas le désir. Est-ce que cela a un sens de monter dans une bagnole en sachant que l'on sera mal à l'aise en passant la première et que l'on ne pourra vraisemblablement pas passer la deuxième ? Est-ce qu'il ne vaut pas mieux marcher ou prendre les transports en commun ?

Cette psy m'interroge sur ce qui a pu, à mon avis, me rendre ainsi.
J'évoque mes rapports très difficiles avec ma mère. Je lui parle de cette relation qu'elle a établi avec moi que j'ai toujours trouvée malsaine (phrases très déplacées, gestes parfois limites - j'ai pour le moment du mal à davantage entrer dans les détails sur un blog public, peut-être que ça viendra), et culpabilisant. La psy est choquée de ce que je lui raconte, et me le dit.
Non, ce comportement de ma mère n'était pas normal du tout, pas acceptable du tout, me dit-elle.
Cela me soulage. J'ai souvent été mal à l'aise de devoir être un peu désagréable avec ma mère, de lui demander de se tenir à distance de moi, de ne pas m'appeler trop souvent. J'ai souvent été mal compris par des proches qui m'ont reproché ce comportement. Je suis rassuré, je ne suis donc pas juste un ado attardé qui demande à ses parents de lui foutre la paix.

J'ai toujours pensé que mon désintérêt pour le sexe pouvait s'expliquer en partie ainsi. Comme si cette forme de rejet vis-à-vis de ma mère s'était traduite par un rejet de l'affectivité au sens large. On sait que le rapport avec les parents définit beaucoup de choses dans le relationnel. Sans me le confirmer directement, cette psy me fait comprendre qu'en tout cas le comportement de ma mère a pu détruire des choses chez moi. 

Ces séances me sont très bénéfiques. Elles coûtent cependant cher, ne sont pas remboursées du tout, et je gagne à cette époque assez mal ma vie.

Je vais donc voir un autre psy, qui lui peut être partiellement pris en charge. Son approche est extrêmement différente, très Freudienne. Il parle très peu au cours des séances. Dans certaines, il ne dit même absolument rien, je ne l'entends pas une seule fois. Dans d'autres, il intervient ponctuellement, pour poser une question, donner une piste de réflexion ou relever une de mes paroles qui lui semble significative.
Ce type d'analyse ne convient de toute évidence pas à tout le monde, et j'ai moi-même beaucoup de doutes au départ. C'est assez déstabilisant. Je me demande si je vais continuer. Pourtant, je vois assez vite qu'il y a des effets positifs malgré tout.
Le fait de formuler les choses à voix haute face à quelqu'un qui intervient rarement, écoute simplement dans une sorte de neutralité, m'aide à parler sans aucun tabou, sans aucune retenue, et à en tirer mes conclusions personnelles. Le rapport qui se construit avec le psy (le fameux transfert) est fait de plusieurs phases: attraction ou rejet, confiance ou défiance. En analysant ces phases et ce qui les déclenche, on obtient une source de réflexion sur les rapports humains que l'on entretient en général.

Ces 4 ans d'analyse vont me faire progresser dans beaucoup de domaines. Je vais me débarrasser de troubles obsessionnels compulsifs très envahissants. Réussir à mettre de la distance avec  ma mère, avec ma famille, pouvoir m'assumer seul. Réussir à passer mon permis. Devenir adulte en quelques sortes.

Et... sur ce qui m'avait amené à démarrer l'analyse de travail au départ, la sexualité me direz-vous ?

Eh bien... rien. Cela n'a rien changé. Je m'en foutais au départ, je m'en fous toujours à l'arrivée.

Je ne sais pas véritablement ce qui m'a rendu ainsi, mais ce n'est peut-être pas possible de le savoir. Sait-on jamais pourquoi on a telle sexualité ? Pourquoi on est hétéro ou homo ? Pourquoi on a besoin de le faire souvent ou rarement ? Pourquoi on a des fantasmes classiques ou atypiques ? Pour chacun il peut y avoir des pistes, mais pas de certitudes. On subit notre libido (ou absence de...), on ne la choisit pas.

Ce qui m'apporte malgré tout une réponse supplémentaire dans mes questionnements: mon manque de désir n'était pas un traumatisme à dépasser, un problème à résoudre, une maladie à guérir, mais un simple état de fait à accepter.

A bientôt pour un prochain épisode.

samedi 28 mars 2020

L'asexualité à la sortie de l'adolescence

Les âges passent. 18, 19, 20, 21 ans. Je suis étudiant en droit. J'ai la vie assez classique d'un jeune de mon âge. Je travaille, je vais beaucoup au cinéma et à des concerts, je joue de la musique dans un groupe, je sors avec mes ami(e)s, je pars en vacances avec eux. C'est une période sympathique. Tout est à peu près normal.
Mais les gens autour de moi commencent à s'étonner de mon célibat perpétuel. Qu'est-ce qui peut donc l'expliquer ? Ils sont nombreux à m'interroger sur le sujet.

"Tu sembles bloqué sur le plan sentimental, pourquoi ?" me demande un jour un très bon ami.
Je lui dis la vérité. Je ne ressens pas vraiment l'attirance physique au sens où elle est communément admise. Ni pour des filles ni pour des garçons. Il peut m'arriver d'avoir des inclinaisons amoureuses, en général envers des filles. J'aime penser à elles, être en leur compagnie... mais je n'ai pas de désir d'aller plus loin physiquement.
Il me répond que ce que je lui dis n'est pas possible. Tout le monde, selon lui, ressent le désir sexuel. Il est convaincu que je suis en réalité apeuré à l'idée de draguer, de me lancer dans une histoire... et que pour éviter d'agir, je me suis trouvé cette excuse de "ne pas avoir envie".

Il n'est pas le seul à me dire cela. Plusieurs personnes à qui j'en parle me répondent la même chose. Selon elles, je me suis créé tout seul des barrières psychologiques, et pour les dépasser, il faut que je me lance, que je dépasse mes appréhensions et que je vive des histoires sentimentales.
Pour moi qui suis assez perdu à cette époque-là, leur discours peut sembler rationnel et cohérent. Je me dis qu'ils ont peut-être raison. Il faut que j'essaye de vivre des histoires.

Il y a C., que je rencontre au ski et avec qui je vais flirter quelques semaines. Elle est très agréable, pétillante, drôle, elle a physiquement quelque chose de Julia Roberts.

Il y a M., que je rencontre dans un train et avec qui je vais un peu flirter aussi quelques jours. Elle est comédienne. Je vois assez vite que nous sommes très différents, et que nous avons finalement assez peu d'atomes crochus.

Il y a M., un très bon ami mec, que je vais embrasser en boîte un soir.

Toutes ces histoires se termineront très vite (la plupart du temps, disons-le, avant même d'avoir vraiment commencé), parce que dans tous les cas je n'ai pas le désir de continuer.
Est-ce que je suis resté suffisamment longtemps avec ces personnes, est-ce que je leur ai vraiment donné leur chance ? Je me pose la question... est-ce que si je m'étais forcé à rester avec elles, le désir serait venu ? Peut-être.
Mais étant de nature très indépendante, je n'arrive pas du tout à me forcer à démarrer une histoire avec quelqu'un sans en avoir vraiment envie. En vérité, j'ai le sentiment d'être resté suffisamment longtemps avec ces personnes pour savoir que je n'avais pas envie de rester davantage ! Je n'ai pas de plaisir au contact physique avec elles. Et si le plaisir n'est pas là, pourquoi ne pas rester amis ? Est-ce que ce n'est pas cela qui distingue l'amour de l'amitié ? Le rapport physique ? J'en arrive à l'histoire suivante...

Il y a M. Âgée à l'époque de 31 ans (moi j'en ai 21), elle est cliente régulière du vidéo club où je travaille pour gagner un peu d'argent. On s'entend très bien. A chaque fois qu'elle passe à la boutique, on parle cinéma, on rigole. Elle me propose de venir chez elle un soir, et me dit qu'on se fera un ciné dans la foulée. Avec plaisir !
On passe la soirée à parler, à se raconter nos vies. Une belle complicité se tisse. On en vient à parler de nous plus intimement. Elle me raconte ses histoires sentimentales, et m'invite ensuite à raconter les miennes. Je lui confie qu'à l'âge de 21 ans, je n'ai connu encore aucune histoire d'amour, et même aucune relation sexuelle. Elle est très surprise. J'ai pourtant l'air si sociable, si à l'aise avec les gens, si peu timide ! Qu'est-ce qui peut donc expliquer ça ?... Je lui dis que je ne le sais pas vraiment moi-même.
Elle ne semble pas bloquée par cette révélation. Me demande la permission de m'embrasser. Je dis oui ! Et j'y éprouve un certain plaisir.

Nous nous revoyons quelques soirs plus tard. Si j'ai eu du plaisir à l'embrasser le premier soir, je n'en ai plus beaucoup aujourd'hui. Je ne sais pas pourquoi, le plaisir ne se commande pas hélas... je l'embrasse et la caresse mécaniquement, sans en ressentir la moindre envie.
Elle a envie de passer rapidement à la vitesse supérieure, et se dit qu'il faut peut-être me brusquer un peu pour que cela arrive. Elle se déshabille et m'invite à la rejoindre dans son lit. Mais je n'ai absolument aucun désir d'elle. Pas le moindre. Comment mettre fin à cette situation embarrassante ? Je lui explique très maladroitement les choses. J'aimerais aujourd'hui revenir en arrière pour les lui faire comprendre plus intelligemment et avec plus de tact. Elle se sent rejetée car je n'ai pas bien su m'exprimer, je lui ai donné l'impression qu'elle était la cause de mon blocage. Elle me dit que je devrais "baiser un coup". Mais ce n'est pas possible. La soirée tombe à l'eau. On ne se reverra plus par la suite.
Ce qu'elle me dit ce soir-là, je vais l'entendre souvent,de la part de proches, de la part d'amis. "Essaye !" "Fais-le une bonne fois pour toutes !".

J'entends évidemment cet argument, et sur le papier il est on ne peut plus rationnel. Dans les faits, je le trouve pourtant considérablement difficile à mettre en oeuvre...
On peut se forcer à plein de choses. On peut se forcer à manger un aliment que l'on n'aime pas. On peut se forcer à travailler avec un collègue que l'on n'apprécie pas. Se forcer à visiter un proche que l'on n'a pas très envie de voir. Se forcer à faire des corvées nécessaires. Mais se forcer à un acte sexuel ?  Quel en est le sens ? Est-ce que ce n'est pas quelque chose que l'on doit - et peut - faire uniquement avec pleine et entière volonté ? Pourquoi quelque chose qui est si naturel aux autres devrait me demander à moi un tel effort contre moi-même ?
Qu'est-ce qui fait que l'on va pouvoir se déshabiller avec quelqu'un, et avoir un acte sexuel avec cette personne ? La réponse est simple: c'est le désir ! C'est l'envie, une forte envie ! Et ce n'est donc pas quelque chose que l'on peut faire en se forçant... C'est quelque chose de très difficile à faire comprendre aux gens autour de moi.

Les 5 ou 6 années qui suivent se passeront sans la moindre petite aventure. Je ne vais pourtant me fermer à rien, résister à rien, je ne vais simplement pas chercher l'amour physique, et vivre selon mes désirs. Je vais déménager dans des villes de France où je vais apprendre un métier (travailler pour la radio) que je vais adorer. A chaque fois, à chacun de ces endroits, je vais avoir des amis, faire plein d'activités passionnantes (musique, théâtre, bénévolat associatif). Je n'aurai aucune vie sexuelle et n'en souffrirai pas le moins du monde. Mais je continuerai néanmoins de me demander pourquoi j'ai cette différence avec les autres. Cette question ne me laissera jamais vraiment en paix.
Est-ce que cela ne vaudrait pas la peine d'y réfléchir vraiment ?
Est-ce que cela viendrait d'un traumatisme ?  De mes rapports si horriblement compliqués avec ma mère par exemple ?
Est-ce qu'il ne faut pas que je démarre un vrai travail psychanalytique pour en savoir plus, travailler sur tout cela ?

A bientôt pour un prochain épisode.